Réforme de la Police Judiciaire : la grande délinquance va-t-elle pouvoir dormir tranquille autour de Toulouse ?

Branle-bas de combat à la Direction territoriale de la police judiciaire de Toulouse, les cracks de la police craignent d’être remisés à la circulation. Explication.

 

Réforme de la Police Judiciaire : la grande délinquance va-t-elle pouvoir dormir tranquille autour de Toulo
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Réforme de la Police Judiciaire : la grande délinquance va-t-elle pouvoir dormir tranquille autour de Toulouse ?
Occitanie
modifié le 08/09/2022 à 09:42

 

Ils traquent les proxénètes, les violeurs d’enfants. Ils mettent les narco-trafiquants sous les verrous. Coffrent les meurtriers. « Ils » ce sont les flics de la police judiciaire (DTPJ, direction territoriale de la police judiciaire héritière du SRPJ). 80 enquêteurs à Toulouse, l’élite, compétents sur les huit départements de l’ex-région Midi-Pyrénées. Chacun a sa spécialité en matière de réseaux criminels internationaux : stups, "proxo", terrorisme ou infractions financières.

Ces spécialistes se sentent aujourd’hui trahis par le ministère de l’Intérieur qui veut leur imposer une fusion avec la DDSP (Direction départementale de la sécurité publique). Car la police actuellement est divisée en deux : à la PJ les infractions les plus graves et la grande délinquance ; à la DDSP la sécurité du quotidien : violences intrafamiliales, vols, trafics locaux... 

 

Moral en berne à la PJ toulousaine

 

En cette rentrée c’est la soupe à la grimace à la PJ de Toulouse, « on bosse mais le moral est à zéro » nous explique un ancien de la maison « les mecs ne savent pas à quelle sauce ils vont être mangés, à Paris ils nous prennent pour des divas mais quand une enquête le nécessite, on est aussi en planque le week-end, jour et nuit, sans compter les heures et la vie de famille. » La PJ : un métier passion pour les habitués du narcobanditisme. « Quand on serre un criminel, tout le monde s’en fout et ça ne fait pas les gros titres, on a le sentiment que pour le ministère le plus important c’est de choper le branleur qui a tiré le sac de Maryse sortant du boulot. » 

 

Une association pour porter la bonne parole

 

L’ANPJ (Association nationale de la police judiciaire) a été créée il y a seulement quelques semaines pour tenter d’infléchir la "réformite" de Beauvau. A Toulouse son représentant, Christophe ne décolère pas « nous sommes des spécialistes des infractions spécifiques et on veut le rester ! Les plus grandes affaires du siècle ont été bouclées par la PJ, on a plus de 80% de taux d’élucidation, on ne demande pas à un ingénieur de monter un mur ». « On va disparaître en fusionnant parce que les collègues de la Sécurité publique sont submergés par les procédures » prophétise-t-il plein d'amertume. 

 

Indépendance vis à vis du politique : qui pour traiter des affaires sensibles sur Toulouse et sa région ?

 

Gage de probité et de sérieux, la police judiciaire héritée de Clémenceau, n’a aujourd’hui aucun compte à rendre au préfet et la réforme fait craindre une reprise en main par le pouvoir politique « je m’interroge sur la distance qui peut y avoir entre le futur DDPN (Directeur départemental de la police nationale) et les élus locaux » car « un élu à la limite avec la légalité pourrait être tenté de savoir s’il va être poursuivi et faire des tentatives d’intrusion dans l’enquête. Ce n’est pas possible. » Les magistrats, juges d’instruction et procureurs, montent d’ailleurs au créneau. Ils craignent, eux aussi, que la "culture PJ" (qualité des procédures, culte du secret, sectorisation des divisions d'où rien ne filtre) ne disparaisse. A Toulouse, certains ne cachent pas qu’ils pourraient se tourner à l’avenir vers l’équivalent de la PJ en gendarmerie : la Section de recherches (SR).

 

Des retours d’expérience catastrophiques selon l’ANPJ

 

Une source à la direction départementale de Haute-Garonne tempère, sous couvert d’anonymat, le catastrophisme des limiers de la DTPJ, « ils garderont leurs attributions, leurs secteurs de compétence mais la future DDPN va pouvoir se nourrir de leur expérience d’enquêteurs ». Ce que conteste Christophe « les retours d’expérience, par exemple en Martinique, sont lamentables : le premier intervenant sur un homicide lors d’une permanence judiciaire a été un fonctionnaire qui n’avait jamais fait d’enquête, une enquête criminelle, si les premiers actes ne sont pas cohérents, elle ne sortira jamais ! » s’emporte-t-il.

Même analyse de notre fonctionnaire sur les infractions graves traitées par la PJ dans les départements limitrophes de la Haute-Garonne, « on sait faire des écoutes, on sait dimensionner les dispositifs : un double homicide à Montauban on était 20, un homicide à Foix on l’a solutionné en trois jours », selon lui en intégrant la PJ à la DDSP31, « les fonctionnaires de Foix, Albi ou Montauban seront complètement abandonnés ». « Pourquoi casser ce qui fonctionne » s’interroge-t-il, « 80 bonhommes ne vont pas permettre de traiter les 50 000 plaintes non traitées actuellement à la Sûreté publique de Toulouse… »  

 


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