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Affaire Delphine Jubillar. Pourquoi les juges n’attendent quasiment rien de la reconstitution ?

La reconstitution de la nuit de la disparition devrait avoir lieu, selon plusieurs sources, le 13 décembre prochain à Cagnac-les-Mines. 

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31 octobre 2022 à 18h57 par Brice Vidal

 

La reconstitution de la nuit de la disparition de Delphine Jubillar aura lieu le 13 décembre au domicile du couple Jubillar. Une information dévoilée par la Dépêche du Midi qui nous a été confirmée par une source proche du dossier. Nous vous révélions le 25 octobre dernier que la date initialement retenue pour la reconstitution de la funeste nuit avait été abandonnée. Deux des trois avocats de la défense, ne pouvant être présents lors de cet acte de procédure qui est, par ailleurs, une demande de la défense ; « on aimerait savoir quel est le scénario de l'accusation » soulignait Me Emmanuelle Franck, un des trois avocats du mis en examen. Pour autant, quelle valeur aura cette reconstitution ? Selon une autre source proche du dossier, « elle n’a aucun intérêt, on ne fait pas de reconstitution judiciaire lorsqu’il n’y a ni corps ni aveu du mis en cause. »  Les juges d'instruction qui ont fait droit à la demande de la défense ne comptent donc pas en tirer beaucoup d'enseignements. Explication. 

 

Impossible de vérifier les éléments à charge

Si les magistrates instructrices, Audrey Assemat et Coralyne Chartier, instruisent à charge et à décharge ; elles ont acquis la conviction après bientôt deux ans d'instruction que seul Cédric Jubillar a pu être l'auteur de ce crime. Et les refus de la justice de remettre en liberté le plaquiste tarnais prouvent, à tout le moins, que la machine judiciaire toulousaine dans son ensemble partage la même conviction. 

Cette reconstitution permettra-t-elle par exemple de déterminer pourquoi les lunettes de Delphine ont été retrouvées brisées « conséquence d’un effort dynamique […] appliqué de l’extérieur vers l’intérieur » selon une expertise de la direction générale de l’armement que nous avons pu consulter ? Probablement pas, puisque Cédric Jubillar nie le fait qu’il y ait eu rixe entre lui et sa compagne le soir du 15 décembre 2020, ce qu’a pourtant raconté en audition, Louis, leur fils, qui a situé une dispute près du sapin de Noël ; laissant penser que le souvenir de l’enfant de 8 ans correspondant à la temporalité des faits.  

Lors de cette reconstitution, il sera par ailleurs difficile de confronter Cédric Jubillar aux dernières expertises téléphoniques. Elles indiquent que par trois fois dans la nuit du 15 au 16 décembre entre 22 heures et 6 heures du matin, le téléphone de sa compagne a borné sur une seule et même cellule du relais de Cagnac-les-Mines. Qui plus est la cellule correspondant au lotissement de la rue Yves Montand où se situe le domicile conjugal. Les enquêteurs en déduisent, à ce stade, qu’il était toujours en possession du téléphone de l’infirmière au petit matin, lorsque les gendarmes intervenaient à sa demande, pour une disparition inquiétante, et fouillaient les alentours du domicile.

 

Gros dispositif des forces de l'ordre en prévision à Cagnac-les-Mines 

Seul élément de l'enquête qui pourrait être objectivé le 13 décembre prochain, les fameux « cris stridents » entendus par deux voisines du lotissement le soir de la disparition. Distance entre les habitations et propagation du son avec des cris poussés à l’intérieur et à l’extérieur du domicile seront probablement vérifiés, autant par les juges d’instruction que par les conseils du plaquiste tarnais. En gros s’ils sont audibles : ils sont crédibles.

Un vaste dispositif de gendarmerie sera mis en place, et ce pour plusieurs raisons : assurer la sécurité du transfert de celui qui apparait comme le détenu le plus médiatisé de France et éviter que la presse et les curieux ne viennent perturber le travail des magistrats, gendarmes et avocats. Une interdiction de survol de Cagnac-les-Mines pourrait entrer en vigueur, pour échapper aux tentatives de survol par drones. Un représentant du parquet de Toulouse devrait également être présent lors de cette reconstitution insolite pour un crime « sans cadavre, sans scène de crime, sans arme du crime et sans aveu » se plaît à marteler la défense. Incarcéré à la maison d’arrêt de Seysses, Cédric Jubillar clame toujours son innocence.