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Chaleur record : les vendanges démarrent dès juillet dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales

Plusieurs domaines viticoles ont commencé à récolter leurs raisins, une précocité inédite pour de nombreux professionnels. Un phénomène directement lié aux températures exceptionnellement élevées observées depuis le début de l’année et qui pousse la filière à accélérer son adaptation au changement climatique.

vendanges précoces après des mois de températures record
vendanges précoces après des mois de températures record

Publié : 8h29 par Emmanuel Bouisset (avec l'AFP)

 

 

À La Palme, dans l’Aude, Alain Gleyzes n’avait jamais connu une telle situation en plus de quatre décennies de métier. Le président de l’appellation Fitou a lancé ses vendanges dans la nuit du 30 juillet pour récolter un muscat petit grain destiné à l’élaboration d’un vin blanc pétillant.

« Commencer le 30 juillet, c’est plus qu’exceptionnel », confie le viticulteur, confronté depuis plusieurs années à une sécheresse persistante. Sur son exploitation, une vingtaine d’hectares de vignes ont même dû être arrachés fin 2025 après deux années particulièrement arides. Selon lui, près de 30 % du capital végétal a été perdu à cause du manque d’eau.

Le même constat s’impose un peu partout dans le vignoble. Sur les coteaux de Narbonne, Camille et Audrey Lalaurie, dixième génération de vigneronnes sur leur domaine familial, n’avaient jamais commencé les vendanges avant le 12 août. Cette année, elles ont avancé la récolte d’une dizaine de jours. Il y a encore une vingtaine d’années, les premières coupes intervenaient plutôt autour du 25 août.

Dans les Pyrénées-Orientales, le domaine Lafage a lui aussi donné le coup d’envoi des vendanges avec une semaine à dix jours d’avance sur son calendrier habituel. Une précocité qui oblige parfois les exploitations à s’adapter dans l’urgence. Une partie des équipes étant en congés, des salariés des services administratifs, marketing ou informatique ont même prêté main-forte à la récolte.

Pour les viticulteurs, l’explication ne fait guère de doute. Dès le mois de mars, la vigne a bénéficié d’un démarrage précoce de la végétation. Un printemps particulièrement doux puis des températures record durant plusieurs mois ont accéléré le cycle de maturation du raisin.

Face à cette évolution, la récolte anticipée n’est qu’une des réponses possibles. Dans le Roussillon comme en Languedoc, les exploitants multiplient les expérimentations pour préserver la ressource en eau et adapter leurs cépages aux nouvelles conditions climatiques. Au domaine Lafage, des recherches sont menées avec des spécialistes agronomes pour améliorer la capacité des sols à stocker l’eau. Une priorité pour celui qui résume son métier d’aujourd’hui par une formule : « Nous sommes devenus des cultivateurs d’eau autant que des cultivateurs de vignes. »

D’autres pistes sont explorées par la filière, notamment la réintroduction de cépages plus résistants à la chaleur ou encore la recherche de parcelles situées en altitude. Les appellations Banyuls et Collioure réfléchissent par exemple à étendre certaines zones de production vers des secteurs plus frais.

Malgré les inquiétudes liées au changement climatique, les professionnels gardent espoir. Les données accumulées ces dernières années permettent désormais de mieux comprendre les phénomènes et d’identifier des solutions pour préserver durablement la viticulture méditerranéenne.