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Comment la délinquance a changé de visage depuis le confinement

7 avril 2020 à 21h29 par Brice Vidal

Les Occitans sont -ils les bons élèves du confinement ?

 

Les Occitans champions du confinement ! Le préfet de région s’est exprimé ce mardi, alors que le week-end faisait craindre de nombreux départs en vacances.

Etienne Guyot s'est félicité du civisme des habitants de la région, en préambule d'un rendez-vous destiné a passé au crible les chiffres de la sécurité depuis le début de cet épisode inédit : le confinement de la quasi-totalité de la population. Première remarque : il y a eu peu d’infractions constatées le week-end passé. "Même les QPV" (quartiers sensibles) ont globalement respecté les consignes, "seule une minorité s’affranchit des règles du confinement" a précisé Etienne Guyot. "Il y a eu plus de 1900 policiers et gendarmes sur le terrain et il n'y a pas eu de débordement. Je m'en réjouis" a déclaré le représentant de l'Etat évoquant une "bataille dans la durée" ; "nous devons rester confinés".  

 

Etienne Guyot

 

Un peu moins de 10 000 contraventions en Haute-Garonne

 

Plus de 5000 contraventions ont été dressées par la police à Toulouse, pour non-respect du confinement, "4360 établies à date de dimanche sur 130 000 contrôles" des gendarmes a précisé le Général de division Jacques Plays, commandant la région Occitanie. Soit 250 verbalisations/jour en zone gendarmerie en Haute-Garonne. Pour les plus récalcitrants - une dizaine - c'est la case justice "en cas de récidive, l'infraction est un délit. Et trois individus sont déjà passés en comparution immédiate" a lancé le procureur de la République Dominique Alzéari "l’un d’eux s’était fait verbaliser 6 fois pour non-respect du confinement !"

Le chef du parquet toulousain soulignait la mobilisation depuis 15 jours des magistrats du tribunal judiciaire "30 magistrats dont 1/3 du parquet sont présents chaque jour, pour 53 présentations devant un juge et 35 placements en détention". Une façon de faire taire les rumeurs sur une justice aux abonnés absents. Il annonçait dans le cadre du plan de libération des détenus mené par la Chancellerie que "290 personnes ont vocation à être libérées en Haute-Garonne et 72 dossiers ont déjà été traités"

 

La délinquance change de visage

 

Alors que les accidents de la route sont en chute libre en zone gendarmerie "- 70% d'accidents, - 30% sur les atteintes aux biens, - 40 % sur les cambriolages de commerce" indiquait le Général Plays, d’autres infractions explosent : les tapages nocturnes ont été multipliés par deux "+ 150 % pour les différends entre voisins" confiait le patron des gendarmes de la région.

Plus grave, les signalements pour des violences intrafamiliales - sur femmes et enfants - sont en forte hausse : + 83 % en zone gendarmerie. Idem à Toulouse et St Gaudens "sans que cela n'aboutisse à une augmentation des plaintes" déplorait le contrôleur général Nelson Bouard, directeur départemental de la sécurité publique de Haute-Garonne ; "le confinement n'est pas propice aux femmes vulnérables dont la parole ne se libère pas. Le différentiel entre les signalements et les plaintes est encore trop important."

 

 

 

Nelson Bouard

 

500 policiers dont 77 réservistes et une compagnie de CRS sillonnent chaque jour les rues de Toulouse "les appels police secours ont augmenté de 20%" précisait Nelson Bouard, faisant corps avec ses troupes "si les policiers se font caillasser comme jeudi dernier à la Reynerie, c'est parce qu'ils sont sur le terrain et perturbent les trafics" s'est défendu le DDSP. Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, a déclenché l'ire de fonctionnaires, ayant demandé vendredi dernier à la police nationale "de s'investir davantage" suite à des incidents quartier de la Reynerie.

 

Le marché des stupéfiants bouleversé par le confinement

 

Et en forme de réponse au maire de Toulouse, le DDSP avait convié la nouvelle directrice du SRPJ de Toulouse (Service régional de police judiciaire). Nathalie Tallevast a rappelé - au même titre que le procureur - "les grosses enquêtes ne s’arrêtent pas pendant le confinement" soulignant la saisie de drogue par la PJ mi-mars : 5 individus âgés d’une vingtaine d’années ont été arrêtés à Arzens (11) et en région toulousaine, puis écroués "après la découverte de 8 kilos de cannabis, un demi-kilo de cocaïne et 80 000 euros d'avoir criminels." En décembre le SRPJ avait également mis la main sur 200 kg de cannabis à destination d’Albi et du Mirail à Toulouse. 8 trafiquants avaient été arrêtés et 50 000 euros saisis.

 

Pour autant "le stup" est chamboulé par le confinement, notamment le trafic de cannabis en très forte baisse "les camions ne passent plus les frontières et les dealers ne peuvent plus s’approvisionner". Conséquence : le prix du cannabis "est en hausse de 60%, la cocaïne a pris 30%." Quelques points de deal continuent pourtant d’écouler du produit à Toulouse "car l’économie criminelle s’adapte aussi" explique Nathalie Tallevast. Les quelques dealers qui ont encore du stock "fonctionnent différemment" avec des systèmes de drive et de "livraisons à domicile via Snapchat les réseaux sociaux."

PJ douanes et gendarmerie surveillent de près l’acheminent de fret : seul moyen désormais pour les gros trafiquants de s’approvisionner massivement en drogue.

 

Photo : Nathalie Tallevast et Nelson Bouard.

Nathalie Tallevast