Alain Ferrand a été mis en examen pour extorsion en bande organisée, concussion et complicité de destruction de preuves.


On ne parle quasiment que de ça dans les Pyrénées-Orientales depuis ce mardi 4 mai. Alain Ferrand, le maire du Barcarès et son premier adjoint ont passé 48 heures d'audition en garde à vue avant d'être finalement présentés devant le magistrat instructeur de la JIRS de Marseille. Ils ont ensuite tous deux été mis en examen ce jeudi 6 mai, le premier, pour extorsion en bande organisée, concussion et complicité de destruction de preuves, le second, pour extorsion en bande organisée et concussion. La garde à vue des autres personnes a, quant à elle, été levée ce mercredi.

Le parquet requiert le placement en détention provisoire d'Alain Ferrand

Selon le parquet de Marseille qui a communiqué ce jeudi, "les faits, commis sur la période 2015-2020  ont consisté à faire usage de la contrainte pour, d'une part, recouvrer auprès d'exploitants de campings des droits et taxes indus pour financer des travaux de voirie et d'autre part, imposer à des commerçants la location de parasols auprès de la mairie."  Le parquet de Marseille ajoute que "certaines pièces utiles à la manifestation de la vérité ont été soustraites à la vue des enquêteurs de la police judiciaire de Montpellier lors d'une précédente perquisition intervenue dans le cadre de cette même procédure le 19 janvier 2021.

Au terme de ces mises en examen, le maire du Barcarès et son premier adjoint ont été placés sous contrôle judiciaire. Le parquet avait pourtant requis la détention provisoire mais le juge des libertés et de la détention a finalement décidé de laisser libre Alain Ferrand hier soir. Il est donc placé sous contrôle judiciaire, assorti du paiement d’une caution et notamment de l’interdiction de se rendre dans le département des Pyrénées-Orientales.


Des habitants pas réellement "surpris"

La mairie aurait en fait exigé la signature de convention à des commerçants et campings, imposant le paiement de sommes conséquentes pour participer au financement d’animations dans la station balnéaire. Des faits commis entre 2015 et 2021, qui ont donné lieu à plusieurs plaintes. Hier cela ne surprenait finalement pas grand monde au Barcarès.


"Cela ne m’étonne pas parce que ce n’est pas la première fois. Il a l’habitude et il s’en est toujours sorti, puis tout le monde a voté pour lui après", nous confie Josy. "C’est comme tous les hommes politiques, il y a des problèmes partout", ajoute cette Barcaresienne. Manu, habitant depuis 30 ans dans la commune, est plus surpris : "parce qu’en tant que maire, ce qu’il fait pour la commune c’est vraiment très bien."

Au Barcarès, Alain Ferrand est apprécié par une bonne partie de la population qui préfère passer outre ses différents problèmes avec la justice. Ce n’est pas le même son de cloche pour cet autre habitant qui a préféré réagir anonymement. "De toute façon, quand ce n’est pas lui c’est sa femme, c’est magouille et compagnie."  Selon lui, le maire du Barcarès et vice-président de l’agglomération s’en sortira grâce à "son influence"
 

Habitants du Barcarès


Du "racket de commerçants et de campings" selon le représentant d’Anticor 66

Didier Melmoux est le responsable local d’Anticor, une association qui lutte contre la corruption. Ex policier municipal du Barcarès, il pointe du doigt depuis plusieurs années tout un système frauduleux. Il avait notamment relevé des suspicions de détournements de fonds dans la commune, pour le marché de Noël ou encore le festival de l’Electrobeach (des irrégularités avaient d’ailleurs été relevées par la Cour des comptes).  Aujourd’hui c’est une autre affaire, dont il avait eu écho.

"C’est une forme de racket qui s’opérait auprès des commerçants et des campings en vue de leur soutirer de l’argent par des méthodes plus ou moins malhonnêtes", explique Didier Melmoux. Pour ce qui est des campings, il s’agirait en fait de factures envoyées aux gérants pour participer aux travaux de la route des campings. "C’est très étonnant parce que l‘entretien de la route est à la charge de la communauté urbaine de Perpignan. Donc on peut se poser la question : comment le maire du Barcarès peut-il demander ça ?" s’interroge-t-il, avant de tenter d’y répondre. "Et il semblerait qu’il aurait demandé en faisant signer des conventions d’animations et en réclamant une certaine somme. Mais pour faire une animation sur la route des campings, c’est mission impossible !"

Pour les commerces, cela ferait plusieurs années que les responsables remontent leurs problèmes à Anticor 66 selon Didier Melmoux, à savoir également des factures à payer pour participer aux financements des animations de la ville, ou pour la location de parasols en terrasse imposée par la mairie. 
 

Didier Melmoux, représentant de l'association Anticor 66


"C’est très compliqué de travailler pour les ordres de ce monsieur"

Didier Melmoux montre aujourd’hui une satisfaction nuancée quant au placement en garde à vue d’Alain Ferrand. "Ce n’est jamais une bonne nouvelle de voir que les élus se font épingler à magouiller, à détourner de l’argent. Mais cela fait plaisir de voir que la justice n’est pas réservée qu’aux autres". En tout, cinq personnes ont été placées en garde-à-vue mardi, le maire et son premier adjoint, mais aussi trois autres personnes, qui sembleraient être des agents de la commune (leur garde à vue a été levée ce mercredi 5 mai).

"Malheureusement dans cette histoire, il y a des employés municipaux qui, je pense, n’ont fait qu’obéir. Car voilà, c’est très compliqué de travailler sous les ordres de ce monsieur. S’ils n’obéissaient pas, ils en subissaient les conséquences", soutient le représentant d’Anticor 66. On rappelle tout de même aujourd’hui que tout homme est présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable par une autorité compétente.

Du côté du monde politique local, c’est le silence. Nous avons joint la mairie du Barcarès, mais aussi la communauté d’agglomération de Perpignan, personne n’a souhaité s’exprimer pour l’instant à ce sujet. On note d’ailleurs qu’Alain Ferrand fait aujourd’hui partie de la liste complète des binômes candidats aux élections départementales de juin prochain dans les Pyrénées-Orientales (communiquée ce mercredi par la préfecture des Pyrénées-Orientales). Il sera donc bien candidat sur le canton de la Salanque, malgré l’enquête qui le concerne aujourd’hui.

 

Didier Melmoux