La « Chins » examinait ce mardi 06 juillet la demande de remise en liberté de Cédric Jubillar.

 

La Chambre de l’instruction (Chins) de la cour d’appel de Toulouse examinait ce mardi la demande de remise en liberté de Cédric Jubillar. Il est mis en examen et incarcéré depuis le 18 juin pour homicide volontaire aggravé sur sa compagne Delphine Jubillar, l’infirmière de 33 ans disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac-les-Mines (81). Un crime présumé, sans cadavre. Et un accusé qui clame son innocence. Ce dernier, présent dès le début de l'audience vers 8h40, affichait une crâne rasé à blanc et une chemise immaculée, pleurant parfois au cours de la matinée. 

 

Le mystérieux suspect « oublié » par les enquêteurs

 

Après un retour sur les faits des conseillers de la "Chins", Me Jean-Baptiste Alary, un des avocats, demandait de « prendre de la hauteur », la justice devait  placer Cédric Jubillar « sous contrôle judiciaire » et le sortir de détention, pour respecter « la présomption d’innocence ».

Les avocats avaient promis à 100% de révéler « une bombe nucléaire » à l’audience. Me Jean-Baptiste Alary a en effet affirmé qu’un suspect voire plusieurs  ont été « oubliés » par les enquêteurs. D'abord « un homme », qui a  « lourdement dragué Delphine » et qui va « dissimuler un véhicule BMW » peu avant la disparition. Les gendarmes l’excluent de l’enquête « parce que son téléphone ne borne pas sur les lieux de la disparition ».

 

Un autre homme lui carrément  « s’accuse du meurtre de Delphine ».  L'avocat décrit un suspect dont la piste n'aurait pas été étudiée sérieusement : « le 25 décembre » une femme se présente à la gendarmerie car « son compagnon l’a menacée de mort ». Il aurait écrit des sms indiquant « j’ai bien tué Delphine, elle n’a pas voulu quitter ses enfants pour moi, elle travaillait à CCB (clinique Claude-Bernard) ; je vais mettre des fleurs sur son corps et basta » ; « elle est morte je l’ai enterrée dans le travers ». L’homme a été auditionné « il affirme avoir prononcé ses mots pour faire peur à son épouse », une piste insuffisamment étudiée pour le pénaliste albigeois.

 

  

La défense tente de démonter les indices « point par point »

 

Comment peut-on « aller si loin avec si peu » plaidera Emmanuel Franck s’agissant de la détention du mis en examen « quand cela va-t-il s’arrêter » ? Nous n’avons pas « la démonstration absolue de la mort de Delphine Jubillar » expliquera l'avocate pour justifier la remise en liberté de son client ; « pas de traces de sang, de nettoyage, de fluide biologique », « pas de corps non plus. » Elle examinait  minutieusement « les huit éléments à charge »  :

La dispute - attestée selon l’accusation par le fils du couple Louis - « il va être entendu le 16 décembre et affirmera qu’il n’y a pas eu de dispute » et « le 20 janvier » ses propos vont évoluer sous la pression des enquêteurs insiste l’avocate, les gendarmes l’auraient même félicité pour avoir changé sa version.

Quid du podomètre du téléphone de Cédric Jubillar et ses fameux "40 pas" qui attesteraient « qu’il n’a pas vraiment cherché Delphine », « l’accusation en conclue qu’il l’a tué » mais « chacun sait que si l’on pose le téléphone, le podomètre ne fonctionne plus » raille Me Franck face à la faiblesse de l’indice.

« Les fameux cris stridents ? » tonne la pénaliste « Les voisines en question habitent à 130 mètres » et les gendarmes ne les interrogent pas « dans un premier temps » car « ils considèrent qu’elles habitent trop loin ». Plusieurs éléments attestent que ces cris sont allégués à un horaire où « Delphine n’a pas encore envoyé de messages à son amant », une heure où « Louis Jubillar n’est pas couché, ça ne colle pas, elles ont sûrement entendu quelque chose mais ça n’a rien à voir, les voisins proches n’ont rien entendu » clame l’avocate de Cédric Jubillar. 

Les traces de sang sur le pyjama de Cédric Jubillar ? « C’est une micro-trace mélangée à du sperme ». « Je ne vois pas ce que ça vient faire là. Au Bluestar rien n’a été révélé dans l'habitation » rappelle-t-elle.

La couette lavée en pleine nuit ? « Il n’y a aucun procès-verbal de constatation » ; les gendarmes primo-intervenants l'ont affirmé mais n’ont « jamais gelé les lieux ». Cette machine « tout le monde s’en fiche » dans les premiers temps, « les constatations seront faites seulement 34 heures plus tard », les gendarmes vont alors faire étudier « l’eau du syphon », au final « on n’a aucun retour du rapport d’expertise ». « C’était séduisant en conférence de presse » mais l’argument fait pschitt pour le conseil. 

Dans la voiture qui aurait transporté la victime, il n’y a, affirme Me Franck, « aucune trace de fluide biologique », « pas de sang », « pas de trace de nettoyage » dans un véhicule où il est « difficile de transporter quelque chose d’encombrant : à l’arrière il y a deux sièges bébé et le coffre est rempli de carton non écrasés ». La condensation « c’est une vaste escroquerie » se risque l’avocate qui s’est intéressé auprès de Météo France au « point de rosée » ; « c’est un phénomène naturel » par ailleurs « on n’a aucun procès-verbal de constatation, donc là aussi, on ne sait rien ». « Aucun des gendarmes ne dit que le moteur est chaud » dans la nuit.

Et la position de la voiture à l’entrée de la propriété des Jubillar, était-elle dans le sens de la descente ou de la montée ? Quelles étaient les habitudes de Delphine quand elle conduisait, « les témoignages se contredisent ». Il n’y a « aucune certitude » sur ce point indique Me Franck. 

Cédric Jubillar a passé 189 appels à son épouse dans la nuit, puis plus rien. « Les gendarmes en déduisent qu’il arrête d’appeler parce qu’il sait où elle est ». Et quid de cet échange avec son beau-père le 9 février parlant de Delphine « ça y est, elle reçoit mes messages sur Messenger » s’exclame-t-il comme une lueur d’espoir. « N’est-ce pas » selon l’avocate « la réaction d’un innocent » ? Même l’amant de Montauban dira à une amie de Delphine lors d’une conversation téléphonique, les enquêteurs « n’ont rien, juste de fortes présomptions et ils font un château avec de petits grains de sable »  

 

Le téléphone de Delphine s'est connecté après minuit, un élément écarté ?

Cédric Jubillar est « un homme broyé », « cloué au pilori » par un procureur qui a distribué « des éléments honteux » en conférence de presse ; on « crucifie un homme » sur la base « d’un dossier fragile » mettait en garde Me Alexandre Martin. Un dossier « sans scène de crime », « sans corps ».  

Il n’existe « aucun élément rattachant Cédric Jubillar à une scène de crime » ; « a-t-on retrouvé sur les chaussures de CJ de la boue qui ne viendrait pas du jardin ? » « A-t-on un téléphone qui déclenche ? » Ou encore « un élément qui permette de dire que cet homme est sorti de cette maison ? » assénait Me Martin. Et il y a « le téléphone de Delphine Jubillar qui va connecter et déclencher la caméra à 00H11 01h33, et on ne prend pas en compte ces éléments ? » questionne le ténor du barreau toulousain. 

Il y a aussi ce conducteur qui aurait « aperçu une femme marcher en bord de route » ce funeste soir à 10 km de Cagnac-les-Mines en direction de Gaillac. Sa description peut correspondre à Delphine.  Cédric Jubillar est « un honnête homme, un homme simple » qui a été présenté comme « un branleur, fumeur de joints, violent » et même « pervers narcissique ». Mais « aucun témoin n’a indiqué qu’il avait pu frapper Delphine » insiste Me Martin, « alors oui il gueule, il dit des gros mots » ; « il tire son enfant par le bras ou lui met une calebotte. Mais violent, jamais ». Tout a été fait pour « présenter un personnage féminicide » dénonçait Alexandre Martin. 

 

Des parties civiles forcément désunies... 

 

L’avocate de Nadine F., la mère de Cédric Jubillar, dénoncera la garde à vue de sa cliente lors de laquelle elle a été « instrumentalisée » et « détruite psychologiquement », une mère qui a lu dans la presse son profil la décrivant comme « convaincue de la culpabilité de son fils » ; « il n’en est rien ! » a tonné l’avocate pour qui « les enquêteurs ont tout fait et tout dit pour convaincre Nadine F. de la culpabilité de son fils».

L’avocat des frères et sœur de Delphine, lui, soulignera la conviction de ses clients « Cédric Jubillar n’a pas tout dit ». Il rappellera ces paroles du mis en examen trois jours avant la disparition « ça ne se passe pas bien » « j’ai envie de la tuer et de l’enterrer ». Et comme pour répondre à la défense, l’avocat reviendra sur le récit glaçant des cris stridents évoqués par une mère et sa fille la nuit de la disparition de Delphine « des cris de peur, continus, la personne ne pouvait pas reprendre son souffle. Les chiens aboyaient aussi. On voudrait ne jamais les avoir entendus ».

 

... et un parquet général qui recadre l'audience

 

L'avocat général, Bernard Lavigne, rappelait l’objet de cette audience « ni moi, ni les juges d’instruction ne sont l’accusation » ; « nous ne sommes pas à un procès d’Assises ». Il refusait de tomber dans « le piège » et entendait « rétablir quelques vérités ».  

Les investigations ne se sont pas recentrées « par hasard » sur Cédric Jubillar, un individu « autocentré », « gros consommateur de stupéfiants avec en moyenne neuf pétards par jour », Jubillar reconnait lui-même qu’il a le « sang chaud ». Le peintre plaquiste va « supplier Delphine de revenir », il lui promettra « de changer ». Cédric Jubillar qui a « une attitude étonnante » au moment de la disparition selon le parquetier. La couette ? « lui-même reconnaît en garde à vue l’avoir lavée, ce point ne fait pas de difficulté ». « Et ses menaces verbales » vont « plus loin que de simples menaces de mort car il se passe exactement ce qu'il a prédit : on cherche aujourd'hui le corps». Il y a « les cris », « la voiture » et la promenade des chiens sur laquelle CJ a changé de version. Il est « en constante contradiction avec lui-même » insistera l'avocat général. Cédric Jubillar aurait même évoqué un potentiel départ pour le Jihad de son épouse ! Vérifications faites : rien ne permettait de présupposer une telle décision.  

Le parquet général a requis, sans surprise, le maintien en détention. Cédric Jubillar n'a pas souhaité faire de déclaration. La Chambre de l'instruction doit rendre sa décision d'ici jeudi à 11h30.

 

 

Rappel des faits

 

Mercredi 16 décembre à 4h09. Cédric Jubillar téléphone à la gendarmerie pour signifier que son épouse manque à l’appel. Il pleure au téléphone. Le gendarme questionne le mari sur une éventuelle relation extra-conjugale de Delphine, peut-elle être chez zon amant ? Cédric Jubillar répond que « techniquement si elle est partie chez son amant », « elle a tout perdu au niveau du divorce donc non ». Delphine a un travail dans une clinique, elle a des relations sociales, est dynamique, et a récemment commandé une voiture et du vin avec son amant. L’infirmière de Cagnac-les-Mines a disparu en laissant habits de rechange, sac à main, voiture et carte bancaire. Son téléphone a été utilisé la dernière fois pour envoyer des messages à son amant entre 22h19 et 22h58.  Concernant son mari, Cédric, il ressort de l’enquête qu’il joue au jeu vidéo, Game of Thrones, jusqu’à 22h08. Idem le lendemain matin à 7h12. A 3h53 il se connectera au site de rencontres Badoo. Les deux époux s’étaient inscrits sur un site de rencontre durant l’année.

 

Cédric Jubillar affirme que vers 4H du matin, sa fille a pleuré et l’a réveillé. Il se serait alors aperçu de la disparition de sa femme. Outre les gendarmes, il tente d’appeler le portable de Delphine, contacte une amie à elle qui confirme avoir constaté un message reçu à 3H59. Même chose pour une autre connaissance de Delphine à 4h. A une troisième personne, contactée dans la matinée, il aurait déclaré « avoir grillé Delphine en train d’envoyer des photos à un mec » si « elle a un amant » ; « je lui mettrai à l’envers ». Savait-il pour son amant ? Il reconnait seulement devant les enquêteurs avoir eu des doutes car « elle a changé tous ses codes » mais raconte aux gendarmes que la soirée du 15 décembre 2021 était « cool » « sans problème particulier ». Pourtant Cédric Jubillar consultait les comptes bancaires de son épouse et les sites de e-commerce pour voir la nature des achats de son épouse. Delphine avait demandé de bloquer l’accès au livret des enfants et de changer de code bancaire.

 

Selon les enfants du couple : les parents « se disputaient parfois », « criaient » et « s’attrapaient par les bras ». Mais des témoignages plus inquiétants sont ressortis dans le cadre de l’information judiciaire. C Jubillar aurait déclaré à un certain, Sofiane « j’ai envie de la tuer » ou « de l’enterrer » ou aurait affirmé à plusieurs personnes dont sa mère « je vais la tuer, l’enterrer, personne ne va la retrouver » ; « Je vais la tuer je connais un endroit où on ne la retrouvera jamais ». Il reconnaitra en garde à vue avoir pu proférer des menaces « de la tuer oui » « de l’enterrer non ». Il affirme n’avoir « pas fait de mal à son épouse ». Il était placé en garde à vue le 16 juin pour homicide sur conjoint puis mis en examen et incarcéré le 18 juin.  

 


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